La vanité de la nomenclature et autres écrits de jeunesse de Jean Piaget
Édition, Introduction et notes par Fernando Vidal, Mise en forme électronique par Chris Lalonde

III. Les Mollusques de la région supérieure du Val d'Hérens (Valais-Suisse)

Présenté le 26 janvier 1911. Daté 7 octobre 1910. Manuscrit n° 542. Nous omettons le texte des folios 4 à 13 de l'original, qui constituent un catalogue des spécimens récoltés. Ce catalogue est presque identique à celui publié dans "Mollusques reueillis dans la région supérieure du Val-d'Hérens (Valais-Suisse)", Le Rameau de Sapin 45 (1911): 30-32, 40, 46-47. Dans le manuscrit, chaque identification est accompagnée d'un renvoi précis aux classifications du malacologiste allemand Stephan Clessin; la publication omet ces renvois. L'introduction de l'article est plus courte que celle du manuscrit, conserve les corrections de celui-ci et introduit quelques modifications de détail.

Introduction

Le Val d'Hérens est l'une des plus importantes vallées latérales du Valais, aussi je n'ai pu l'explorer en entier pendant les 15 jours que j'y ai passés. Notamment, je n'ai pas mis les pieds dans le Val d'Hérémance mais, comme c'est depuis Enseigne seulement que commence la faune alpine, je ne m'occuperai que de la partie supérieure |de la vallée|.

Le Val d'Hérens /a été creusé/ est arrosé par la Borgne, rivière formée par deux torrents, dont l'un sort du glacier de Ferpècle et l'autre de celui d'Arolla, pour se rejoindre aux Haudères. C'est (2) en aval de Bramois que la Borgne se jette dans le Rhône. A la jonction du val principal et de celui d'Hérémence, se trouve Enseigne ou Useigne, quelques kilomètres plus loin le grand village d'Evolène, et à la fin de la vallée proprement dite, les Haudères à 1433 mètres d'altitude (d'après le Dictionnaire géographique de la Suisse). Là commence le Val d'Arolla, à l'ouest et la Combe de Ferpècle à l'est. Entre ces deux vallons se dressent les dents Veisivy, l'aiguille de la Zâ, la Tête Blanche, etc. A l'ouest sont: Le Pigne d'Arolla, le Mont de l'Etoile et le Pic d'Arzinol, à l'est: la Pointe de Bricolla, le Zâ de l'âno, le Asseneira et le Mont Noble.

Le Val d'Hérens est formé de roches cristallines (gneiss d'Arolla et schistes de Casanna) mais le fond de la vallée est constituée par des alluvions modernes.

En amont d'Enseigne vivent quelques mollusques du bas Valais qui disparaissent à mesure que l'on s'élève, Xerophila candidula, Buliminus detritus, Chondrula quadridens (pourtant, j'ai trouvé à Férpècle (3) une toute petite forme de cette espèce: forma brevissima) et Pupe secale.

A Evolène se trouve encore la Xerophila ericetorum. A Getty (au-dessus de cette dernière localité) il y a la Pyramidula rupestris; dans tous les bas de la vallée pullulent les Agriolimax agrestis et Helix pomatia.

C'est en amont des Haudères que commence la région des fôrets (Limax maximus, Vitrina diaphana, Hyalina nitens, Euconulus fulvus, Arion empiricorum, Patula ruderata, Helicodonta holocericea, Fruticola sericea et strigella, Buliminus montanus, Cochliopa lubrica, Balaea perversa, Clausilia dubia et plicatula).

Sur un bloc mossu, j'ai eu la bonne fortune de trouver le Vertigo arctica, qui dans les ouvrages de Clessin (Deutsche Excursions - Mollusken-Fauna, Zweite Auflage, Nürnberg 1884-1885 et Die Mollusken-Fauna Oesterreich-Ungarns und der Schweiz, Nürnberg 1887-1890) n'est pas situé en Suisse. /Si les travaux plus récents, que je n'ai pas entre les mains, ne le citent, on peut le considérer comme une espèce nouvelle pour la Suisse./

Comme mollusque tout à fait cosmopolite on peut /citer/ mentionner l'Arianta arbustorum, qui se trouve depuis Enseigne (4) jusqu'à l'Alpe de Veisivy (2250 mètres d'altitude).

La seule coquille aquatique est la Limnaea peregra, qui se trouve dans une petite mare à la Gouille (entre Arolla et les Haudères). Par contre le Gouiller Pai ou Lac Bleu de Lucel, était inhabité. En terminant ces quelques remarques, je ne manquerai pas d'exprimer toute ma reconnaissance à /ce/ mon /spécialiste distingué/ cher et vénéré maître , Mr le Docteur Paul Godet auquel je dois les déterminations. [...]

[Signé:] Jean Piaget scadj. [secrétaire adjoint]

IIe latine sc. crap. [secrétaire crapaud]


Extrait du procès-verbal du 27 janvier 1911

"Le président passe la parole à Jean Piaget pour la lecture de son travail sur les Mollusques du Val d'Hérens. Le travail de Piaget est comme toujours très bien et très conscieusement fait, rien d'étonnant à cela, je le répète, il est du comité crapaud.[1] Piaget nous présente un catalogue de Mollusques du Val d'Hérens complet et le seul qui existe jusqu'à aujourd'hui. Piaget qui connaît notre ignorance crasse a eu l'heureuse et lumineuse idée d'apporter une très belle collection d'échantillons recuillis sur les lieux pour nos éclairer, nous pauvres clubules à qui le nom latin d'un mollusque n'a jamais rien dit. Piaget est félicité chaleureusement et à juste titre. M. Zundel épuise toutes les formules de son admiration tandis que Richard dans un discours hyperbolique l'éleve aux nues. [Après un autre travail, on les compare:] Si Piaget est plus scientifique, plus savant et peut-être aussi plus fort à <répéter> avec complaisance les noms latins, Marchand, lui <ill.> l'érudition à des qualités de style et de verve".


Footnotes:

  1. Le "comité crapaud" avait été fondé dans les premières années du Club pour étudier les batraciens du canton de Neuchâtel. Il fut rétabli à l'initiative de Gustave Juvet, avec Piaget comme secrétaire. Voir J. Piaget et G. Juvet, "Catalogue des batraciens du canton de Neuchâtel", Bulletin de la Société neuchâteloise des sciences naturelles 40 (1914): 172-186.


Jean Piaget Society Last Update: 30 June 1999
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